La mémoire des enfants

Avec mes collègues médiateurs familiaux d'AMFL91, nous avons constaté ces derniers temps une forte augmentation des médiations parents-adolescents. Les parents se trouvent désarmés face au manque de vitalité de leurs jeunes plus préoccupés par leurs jeux vidéos ou leur présence sur les réseaux sociaux que par leur scolarité. Cette tendance semble s’être accentuée pendant ces mois ponctués d’instabilité.

En dialoguant avec ces jeunes, j’ai pu constater une véritable difficulté à se projeter dans l’avenir. Leurs désirs semblent réduits à ce qu’ils connaissent et les rassurent. Les encourager à regarder vers un avenir incertain, insécurisant, et qui réveille tant de craintes chez les adultes n’a rien de très motivant. Cela m’a beaucoup questionné. J’ai alors tenté de visiter avec eux leur passé par quelques questions sur leur histoire (encore brève). Et là , surprise ! Des haussement d’épaules, des regards baissés : “je ne sais pas” ; “je ne me souviens pas”. “Pas de passé, pas d’avenir” nous dit la chanson d’une célèbre comédie musicale. Je me tourne alors vers le parent présent et l’invite à raconter ce qui concerne leur enfant. Ce qui se produit sur le visage des jeunes est très intéressant : lumière dans les yeux, visage tourné vers le parent avec curiosité, soulagement… une porte s’ouvre. Le parent autorise l’accès au passé, à la mémoire.


Séparés ou pas, les parents reconnaissent souvent ne pas avoir pensé à raconter des anecdotes, évoquer des dates, des événements. Intéressé, le jeune s’enhardit et s’autorise à poser quelques questions le concernant, mais aussi sur le passé de son parent. Là se recueillent des réponses précieuses que l’enfant collecte avec gratitude, confirmé dans sa place et dans le droit d’être lui-même.

Cette porte ouverte rend possible un nouvel échange sur l’avenir, qui s’appuie sur le sentiment d’exister. En redonnant accès à son histoire personnelle, le jeune libère des désirs enfouis, prend conscience de ses talents, et comprend qu’il a sa place dans ce monde. La réappropriation de son histoire par l’enfant favorise souvent dans le cours de la médiation la prises de décisions concrètes. (réaménagement d’un espace à la maison, des temps de repas, organisation du temps travail/loisir, choix d’une activité, orientation scolaire...).



Il est donc essentiel de donner à l’enfant ou au jeune des points d’appui pour l’aider à s’élever et à avancer. Prendre le temps de feuilleter ensemble un album photo, de raconter l’histoire d’un objet, une anecdote vécue quand il était petit, l’aidera à s’inscrire durablement dans une histoire, pour l’autoriser à construire son histoire.