Regard sur la TMFPO un an après


Que vit le médiateur familial qui a intégré dans sa pratique la tentative de médiation familiale préalable obligatoire ? Voici un an maintenant que j'exerce mon métier avec ce paramètre nouveau, questionnant, parfois déstabilisant.

Une expérimentation vise précisément à mettre en oeuvre une idée nouvelle, sans avoir envisagé au préalable tous les contours subtils du changement occasionné.

Les grandes lignes sont là : en cas de requête en modification d'une décision initiale, les personnes ont l'obligation de tenter une médiation familiale. Tenter, cela signifie qu'ils sont venus au moins une fois ensemble en séance de médiation. Il ne suffit pas de refuser la médiation en entretien d'information : dans ce cas, les juges ont été très clairs. Le refus de médiation n'est pas une cause de dérogation de la loi. Refuser la médiation n'est pas entendable, cela équivaut à refuser d'appliquer la loi. La sanction est immédiate et beaucoup en ont déjà fait les frais : le dossier est renvoyé à une audience ultérieure en attendant que la tentative de médiation ait été faite.

Certes, la loi prévoit des cas de dérogations : la violence, la distance géographique. Seulement, il reviendra au juge d'estimer la violence. Un acte de violence datant de plusieurs années, même si en son temps, il y a eu dépôt de plainte, pourra être refusé. Quant à la distance géographique, avec les moyens modernes, et la possibilité de faire la médiation à distance, je ne l'ai encore jamais vue évoquée.

Est-ce un plus ?

La justice est bien consciente que trancher les litiges parentaux ne résout pas le conflit de fond. Parfois, la décision du juge devient une arme entre les mains des adversaires, prétexte à tous les coups, à tous les soupçons, à toutes les menaces. A la première occasion, retour devant le juge. Et cela peut durer des années sans jamais rien solutionner du conflit existant.

En médiation, il devient possible de redonner aux personnes leur place de parents : ils l'entendent ou non, mais leur est ouverte la possibilité de sortir du vaste champ de bataille dans lequel ils ne cessent de s'épuiser et d'épuiser leur(s) enfant(s) pour faire advenir un climat un peu plus paisible. En séance, ils retrouvent la capacité d'être en présence l'un de l'autre, parfois tout surpris d'avoir réussi à rester une heure et demie dans la même pièce, et d'avoir redécouvert un visage humain à l'ennemi. Cela leur permet de se dire les choses en profondeur, de laisser éclater leur colère en donnant du sens à leur exaspération, voire à leur attitude. Se donner le temps de mettre des mots, de se dire les choses est de toute façon une occasion de faire le point, et de faire évoluer la relation. Une fois lancé, ce processus peut atténuer les désaccords, faire tomber les ressentiments. Certains même renoncent à poursuivre la procédure judiciaire.

Bien sûr, on va s'interroger sur l'effet de cette médiation à caractère obligatoire sur notre déontologie et sur notre posture. Obligatoire ne veut pas dire que le médiateur va les obliger à adhérer au processus proposé et encore moins les contraindre à se mettre d'accord. Certaines personnes viennent clairement avec l'objectif de passer rapidement la case médiation pour retrouver l'espace judiciaire. A nous médiateurs de mettre à profit ce passage en médiation pour leur faire expérimenter la possibilité de travailler sur leur relation, leur conflit, leur communication, de leur permettre de reconsidérer le chemin parcouru et de reconnaître la place de chacun dans la vie de leur(s) enfant(s). Alors, la tentative de médiation préalable obligatoire, une contrainte ou une opportunité ?